Une fille, une passion, dans un monde de garçon
Marie-Soleil Chevanel
Tu poses le pied sur le terrain. Tu sens l’air qui se déplace sur tes joues. Le soleil se réfléchit dans tes lunettes. Tes cheveux battent au vent. Tu touches le sable rouge qui recouvre le terrain. Tu te réjouis à voir cette étendue verte. Tu souris, remplit de fierté. Tu te retournes vers les estrades ; tu regardes ton père qui a les larmes aux yeux, qui te crie des encouragements, comme il l’a toujours fait. Et tu vois, tous ces regards qui fixent ta couette de cheveux derrière ta casquette. Tu connais la raison. Tu es une fille, voilà tout. Depuis que tu as cinq ans que c’est comme ça. Tu lèves la tête quand même. Tu regardes droit devant toi. Tu attendais tant ce moment. Te voilà sur le terrain. Tu y rêvais, ça y est. Tu as su défier tous ces obstacles. Tu t’es liée à ta passion, le baseball. Ton gant à la main, tu t’élances vert le terrain. Tu ries de ceux qui se sont moqués de toi - qui non pas cru en toi. Tu te rappelles lorsque tu étais jeune et que personne ne voulait se lancer avec toi, par peur de te blesser. Personne ne t’encourageait parce qu’ils savaient que tu ne frapperais pas.
Et tu te rappelles toutes ces heures que tu as passées à t’entraîner comme une débile. Toutes les fois où tu manquais les balles et que tu recommençais sans cesse. Toutes ces fois où tu faisais des tours de terrain à la course, sous le soleil qui brûlait ta peau. Tu te remémore aussi les camps de qualifications, on te déclarait que tu n’avais pas été retenue, la place ayant été donnée à un garçon ; une montagne de frustrations!
La partie va commencer. L’arbitre va crier: play ball ! Tu cramponnes tes pieds dans le sable. Tu t’assures que l’angle avec le 2e but est parfait si un jeu doit se faire. Tu fais ton signe de croix. Tu entends la liste des joueurs à l'interphone. Marie-Soleil Chevanel. J'y suis. Et c'est parti. Je me concentre, je suis dans mon élément.
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