par Isabelle Grignon-Francke
Théâtre de la Bordée. Présentation de Roméo et Juliette. Un classique. Je prends place dans la salle.
Musique, une chorégraphie commence, représentant la lutte entre les deux clans de l’histoire : haine, déchirement, division claire des relations entre ces deux maisons ennemies. Que de l’intensité muette. Noir.
Voici la mise en contexte qui mènera à un spectacle original…et exceptionnel.
Un texte de William Shakespeare non modifié mais habilement rendu par des acteurs comprenant ce parler ancien et l’offrant au public avec une nuée d’intonations bien placées, des répliques parfaitement compréhensibles et aucunement ambiguës de par leur sens et charge émotive. Voici la partie classique. La seule qui survit à l’originalité de la conception du spectacle.
À bas les costumes d’époque et le décor bourgeois du 16e siècle. Quatorze comédiens, artisans de théâtre, vêtus en noir et blanc de complets et de robes de soirée, tout à fait dans les tons de l’année actuelle.
Un décor, jouant encore entre l’ombre et la lumière. Noir. Blanc. Minimaliste.
Une réception bourgeoise dans le texte original se transforme en « party » où la danse est un corps à corps, l’éclairage excessif et des lunettes fumées comme déguisement.
Des alcools forts en « pack » de bières.
Magnifique.
Tout en recréant un classique, en le revisitant de façon moderne, le metteur en scène Olivier Lépine a très bien su préserver, au centre de cette œuvre, son caractère mélodramatique.
Il réussit à jouer avec les émotions non pas seulement des comédiens mais aussi du public. L’accent était mis au bon endroit pour obtenir des pleurs ou du moins un gros « motton » dans la gorge. Une représentation sans couleur…sauf le rouge du sang qui coule des deux amoureux. Aucune cacophonie, sauf à la fin dans la découverte des dépouilles.
J’ai trouvé merveilleusement exécutée cette tentative de donner un souffle moderne à la pièce tout en conservant son cœur. Certains voulaient peut-être un classique joué classiquement. Moi, j’ai préféré faire un voyage dans le cerveau d’un metteur en scène talentueux et imaginatif.
Point négatif : Le spectacle aurait peut-être pu être présenté en moins de 3h15, durée excessive à mon humble avis.
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